Université Paris-Saclay: Un rapport d'étonnement
Je partage ici mes impressions par rapport à l'Université Paris-Saclay. Il me parait que l'université est sur-organisée dans certains aspects, mais sous-organisée dans les aspects qui comptent. Ceci concerne:
- La création des organismes
- L’“organisation” du projet Paris-Saclay
- L’harmonisation
- L’organisation des cours
- L’illusion d'une université commune
- Bachelor et Master
- Les grandes écoles dans Paris-Saclay
- Les groupes de travail
- L’opacité
- ... et, comme point le plus pertinent: L’absence d’une organisation centrale
Ces impressions sont des points de vue personnels, et ce document n’est pas publié dans mon rôle comme co-responsable des groupes de travail de Paris-Saclay. Le document résume ma compréhension des choses en 2015, et il ne sera pas mis à jour. Il s'agira donc d'un rapport d'étonnement historique. Mes remarques sont parfois un peu sarcastiques, ce qui est dû à un certain désespoir. Mais je suis preneur de toute correction.
La création d'organismes
Mon école, Télécom Paris-Tech, est membre d’au moins 5 organismes:
- ParisTech
- Paris-Saclay
- Mines-Télécom
- Eurecom
- Mines-Ponts
- CNRS
- Groupe des Écoles des Télécommunications: ancien nom de Mines-Télécom
- Institut Télécom: ancien nom de Mines-Télécom
À l’entrée de notre porte, il y a 4 plaques d’organisations. Une personne qui voit la porte ne sait pas quel institut est dedans ou combien. On a l’impression que pour chaque sous-ensemble d’instituts en France, il y a une association qui les lie. L’Université Paris-Saclay en est encore une autre. À prévoir dans le futur: Paris-Mines, Mines-Tech, Saclay-Mines, ...
Comme chacune de ces associations veut avoir des papiers publiés dans son nom, nous sommes tenus à mettre 3 affiliations différentes sur nos papiers. Pour suivre ces changements, mon école a changé de nom 5 fois dans son histoire de 150 ans, et avec Paris-Saclay, ça sera la 6ème fois. Cette multitude le labelles a un effet sur la visibilité de ces marques: Personne sur les conférences internationales ne connait ParisTech, Mines-Télécom, Mines-Ponts, Télécom ParisTech, ou Eurecom — même si on l’écrit en majuscules.
Chacun de ces organismes vient avec sont propre chef, chargé de recherche, responsable de recherche, etc. En total, j’ai compté au moins 15 responsables, chefs, présidents, chargés, et représentants au dessus de moi. Ce principe est appliqué aussi en dehors de mon école: Pour chaque collaboration qui nous parait intéressante, nous créons une structure supplémentaire. Au lieu de remplacer notre propre infrastructure bureaucratique par la nouvelle, nous la gardons, et nous ajoutons encore une couche administrative en dessus.
Grâce à la pluralité des organismes, il se passe rarement une semaine sans que je reçoive un mail de la forme
Bonjour,
le CERD de la UPEQ invite vos soumissions de LIC.
Veuillez envoyer votre LIC jusqu’a demain
à votre centre de TIR.
Cordialement
Christine
... où on ne trouve rien sur le CERD, la UPEQ, le LIC, le centre de TIR, ou en fait Christine sur le Web.
L’“organisation” du projet Paris-Saclay
La procédure pour la nouvelle université Paris-Saclay est la suivante:
- D’abord, on commence avec le semestre, et on accueille les étudiants
- Après, on finit les bâtiments de la nouvelle université
- 10 ans plus tard, on construit le métro
Il est évident que l’ordre inverse serait bien plus raisonnable. On peut dire qu’on n’a pas d’influence sur la construction du métro, mais rien ne nous empêche de commencer le semestre qu’après la construction des bâtiments.
L’harmonisation
Dans les universités à l’étranger, le semestre commence le même jour de l’année pour toutes les mentions, et toutes les années. Un cours a toujours lieu du début du semestre jusqu’à la fin, le même jour de la semaine et la même heure. Cela permet aux étudiants (1) de récupérer un cours qu’ils ont raté l’année prochaine, (2) de prendre des cours dans d’autres disciplines s’ils sont intéressés. Au delà de cela, cette structure réduit le travail d’organisation drastiquement: L’organisation se limite à choisir le créneau de la semaine pour un cours. C’est tout. Ce système est utilisé au moins dans les pays suivants: l'Equateur, la Chine, les États-Unis, l’Italie, l’Allemagne, la Roumanie.
À Paris-Saclay, on n’a pas ce système. Quand on regarde une des brochures de la nouvelle université, on y trouve que le semestre commence en 2015. Mais on ne trouve pas quel jour. Et la raison est simple: personne ne sait quand un semestre commence. Quand on creuse un peu, on trouve des organisations hallucinantes:
- Dans nos universités, chaque mention a son propre planning. En fait, chaque année dans la même mention a son propre planning. Ceci fait qu’un étudiant ne peut pas récupérer un cours qu’il a raté, il ne peut pas prendre un cours d’une autre discipline, et chaque semestre doit être organisé à la main. J’ai assisté à des cours où, 2 semaines avant la fin du cours, la moitié des étudiants partait, parce qu’ils étaient dans une autre année dont le semestre finissait 2 semaines plus tôt.
- Dans certaines universités, même la même année de la même mention a jusqu’à 4 semestres différents.
- Dans notre école, la formation humaine a lieu dans 1 semaine à temps plein. Cette semaine n’est pas mise entre les semestres, mais au plein milieu d’un semestre. Pire, la formation n’est suivie que par la moitié des étudiants à la fois, ce qui fait que l’autre moitié des étudiants ne fait rien pendant une semaine. À cause de cela, on n’a pas réussi à faire rentrer tout dans une période, et on a choisi que la première période du semestre commence le matin d’une certaine journée, et la deuxième période commence l’après-midi.
- des enseignants ne veulent pas avoir le cours de lundi matin, parce que les étudiants sont fatigués, et pas le vendredi après-midi, parce que les étudiants partent. La solution qu’ils on trouvée c’est que les cours changent de créneau chaque n semaines.
Cela n’est que le sommet de l’iceberg que j’ai pu observer depuis mon arrivée il y a 1.5 ans. Tout cela entraine un effort d’organisation impressionnant: des gens qui passent une grande partie de leur temps à faire marcher les plannings, à trouver des solutions pour des collisions, ou trouver des créneaux communs pour des cours partagés.
L’absence d’organisation commune produit des effets secondaires très étranges sur le niveau de l’université commune:
- plus que la moitié des parcours veut partager des cours avec d’autres parcours ou même mentions, mais personne n’a pensé à l’harmonisation des emplois du temps. On se débrouille avec des accords mutuelles. Mais le nombre de ces accords va croître de manière exponentielle dès qu’on a plus que deux instituts dans un accord.
- le même cours peut donner des nombres d’ECTS différents pour des étudiants d’instituts différents
- différents parcours de la même mention peuvent avoir des nombres d’heures présentielles largement différents, parce que le nombre d'ECTS par heure d'enseignement varie par un facteur de 3 selon les instituts
- la taille des cours varie entre 21h et 72h à travers les instituts
Cela est autant de plus d’étonnant vu qu’on sait depuis 7 ans que Paris-Saclay va venir. 7 ans sont largement assez pour converger. Mais même aujourd’hui, avec une année de travail de sensibilisation, et avec du soutien du coté des enseignants, on n’a aucun soutien du coté des établissements.
Au contraire, chacun pense à ses heures, et a ses emplois du temps, mais très peu de gens pensent à travailler vers le monde idéal, avec une université commune qui sert en premier à l’étudiant.
L’organisation des cours
Pendant la planification du programme de master, on a pris grand soin à définir chaque détail du parcours:
- chaque cours, avec le nombre de TD, TP, et cours
- l’enseignant de chaque cours
- le contenu de chaque cours
- l’ordre des cours
En même temps, on n’a pas défini:
- le nombre d’ECTS par heure présentielle
- le début du semestre
- l’organisation de la semaine
Ceci me parait comme si on construisait d'abord le toit de la maison sans avoir les murs (on ne parle même pas d'un fondement). On aurait dû d'abord définir le cadre, et puis les détails dans ce cadre. Mais on préfère le faire vice versa. Les désavantages sont évidents: Comme élaboré ci-dessus, différents parcours donnent différents nombre de ECTS pour potentiellement le même stage, et on ne sait pas comment se débrouiller pour partager des cours à travers des parcours différents. En plus, on ne sait pas comment réagir si
- un enseignant part
- un nouveau enseignant vient
- un nouveau contenu devient intéressant
- un cours qui a été planifié se montre inadéquate
On génère juste beaucoup de travail: d’abord pour définir tous ces détails, et après pour parcourir les démarches pour les changer.
Alternativement, on pourrait permettre aux enseignants d'offrir les cours qu’ils veulent et aux étudiants de suivre les cours qu’ils veulent. On peut s’imaginer des domaines thématiques, et obliger les étudiants à suivre au moins x% de leur programme dans un domaine. C’est comme ça que les universités allemandes fonctionnent: les gens entrent avec un Bachelor, et dans le Master, il suivent les cours qu’ils veulent — sujet à des contraintes thématiques. (Le Master MPRI fonctionne aussi comme ça — avec plutôt des bons résultats.)
Mais ceci ne marche que
- si on a un programme de Bachelor, qui assure que les étudiants qui entrent ont tous le même niveau. Nous n’avons pas un tel programme.
- si on a un planning commun. Nous n’avons pas un tel planning.
Ce système donnerait plus de liberté aux enseignants, plus de choix aux étudiants, et plus de flexibilité à l'organisation. Mais on fait le contraire: On définit définit le nom, le contenu, et le nombre d’heures d’un cours, mais on se plaint que la définition du début du semestre limiterait la liberté des enseignants.
L’illusion d'une université commune
Paris-Saclay fait de son mieux pour se présenter comme une université commune. Et pourtant, c’est pas le cas: d’abord, le points communs se restreint aux masters. Il n’y a aucun accord sur les licenses. Puis, l’accord a été réduit aux M2. Le M2 comporte 6 mois de stage, ce qui fait que le point commun de Paris-Saclay est 6 mois d’études par étudiant.
En plus, ces 6 mois ne sont pas vraiment partagés: il a été décidé que chaque parcours est porté par un “établissement référent”, qui a tous les pouvoirs administratifs sur ce parcours. Donc de facto, les parcours partagés sont des parcours chez les établissements référents, auxquels on invite des enseignants et étudiants des autres établissements. Quant aux grandes écoles, elles permettent à leurs étudiants de suivre les programmes du M2, mais ce ne sont que des suppléments au parcours d’ingénieur: les étudiants ont ainsi la possibilité d’obtenir le master en plus de leur diplôme d’ingénieur.
Quand on met ensemble 5 établissements, qui ont chacun un parcours de bases de données, et si on crée un nouveau parcours par établissement, on aura 5 parcours de bases de données. Il n’est pas raisonnable de s’attendre que ces 5 parcours soient plus différents que les parcours de bases de données qui existaient auparavant. Mais comme on veut maintenir l’illusion d’une université commune, on ne peut pas se permettre d’avoir 5 parcours qui ont le même thème. Malheureusement, on a défini les contenus des cours sans se coordonner avec les autres parcours. Et donc on est obligé d’inventer des distinctions artificielles entre les parcours a posteriori — comme quoi un serait plus orienté vers l’apprentissage automatique et l’autre moins, même si les deux parcours pourraient très bien partager tous les cours. Avec cela, on simule une coordination entre les parcours qui n’a jamais eu lieu auparavant.
Bachelor et Master
Depuis 15 ans, le processus de Bologna nous invite à converger vers un système de 3 ans de Bachelor, 2 ans de Master, et 3 ans de doctorat. Malgré cela, le système chez nous se montre assez résistant: On compte toujours en license, M1, et M2. En parallèle, on a le système des grandes écoles qui compte en classes prépa, A1, A2, et A3. On se retrouve donc avec 3 systèmes mutuellement incompatibles.
Ceci a plusieurs effets:
- nos étudiants des grandes écoles ne peuvent pas partir pour faire leur master ailleurs, parce qu’on ne leur donne pas de diplôme après 3 ans.
- pour permettre aux étudiants de partir quand même, on a créé une structure d’accords bilatéraux avec des universités étrangères. Ceci donne des double-diplômes (dans le même esprit qu’on met les noms de plusieurs organisations sur nos papiers), mais il serait bien plus simple de s’aligner avec le système européen des Bachelors et Masters.
- le système des grandes écoles est incompatible avec le système des universités, mais les deux sont censés de partager des étudiants, des cours, et des programmes d’enseignement.
- pour Paris-Saclay, le M1 s’est complètement découplé du M2. Pendant que les autres universités européennes offrent un Master de 2 ans cohérent, nous avons un patchwork de programmes: avec 6 voies en M1 et 16 voies en M2.
- comme instance particulièrement intéressante de ce phénomène, nous avons un M2 en anglais en informatique, mais pas de M1 en anglais. Ceci n’aucun sens, parce que une grande partie des étudiants étrangers va arriver avec le Bachelor, donc en M1.
Une des raisons pour ces incompatibilités est l’opposition des grandes écoles d’être vues comme des universités. Elles veulent garder leur système à part pour souligner le fait que leurs diplômes ne sont pas des Masters. Pourtant, pour toute application pratique, les diplômes des grandes écoles sont juste des diplômes universitaires issus par des instituts plus prestigieux. Ils donnent accès aux mêmes droits. Donc, en principe, il n’y a pas besoin d’avoir deux types de diplômes. Un Master de Harvard vaut bien plus qu’un Master d’une université d’un village américain, mais cela ne les empêche pas à délivrer le même type de diplôme. La distinction vient de la sélection des étudiants (et des enseignants), et de la densité et qualité des enseignements — ne pas d’une incompatibilité.
Les grandes écoles dans Paris-Saclay
Paris-Saclay a comme membres des grandes écoles et des universités. En même temps, les grandes écoles ont une sélection d’étudiants qui est plus restrictive, et leurs diplômes valent plus dans le monde industriel que les diplômes des universités. Il est donc compréhensible si les grandes écoles veulent éviter d’être mélangées avec les universités. On se retrouve donc avec la question comment les grandes écoles peuvent garder leur profile dans une université commune. C’est une question fondamentale à laquelle on aurait dû trouver une réponse dès la première heure de Paris-Saclay.
Mais on ne l’a pas fait. On n’a prévu aucun mécanisme systématique pour distinguer les étudiants des grandes écoles et des universités. Ce serait pas étonnant si cela avait entraîné une hésitation de la part des grandes écoles de s’intégrer.
Comme on n’avait pas pensé à un moyen systématique, des moyens non-systématiques ont émergé:
- certaines grandes écoles permettent à leurs étudiants de suivre que certains cours des nouveaux programmes. Cela mène l’idée de l’université commune ad absurdum.
- certains parcours se sont convertis en “parcours sélectifs”, qui sont de facto des collaborations des grandes écoles
- dans au moins un cas, deux grandes écoles ont décidé après le dernier délai de fonder vite encore un parcours entre eux, qui se chevauche largement avec les autres parcours existants.
Ceci sont des solutions à posteriori, et une planification auparavant aurait réduit beaucoup de friction. Par exemple, on aurait pu définir dès le début des “programmes d’honneur”, dans lequel les grandes écoles gardent la majorité de l’enseignement, et pour lesquels l’admission des étudiants est plus sélective. Ainsi, les grandes écoles auraient pu developper une marque d’excellence à l’intérieur de l’université Paris-Saclay.
Les groupes de travail
Paris-Saclay vit largement à travers ses groupes de travail (GT). Ces groupes sont appelés ainsi, parce qu’ils n’ont ni légitimation, ni pouvoir de décision, ils ont juste du travail. Moi, par exemple, je suis co-responsable d’un parcours, d’une mention, et d’un projet d’harmonisation. Pour aucun de ces rôles j’ai été élu. J’ai été proposé, et personne n’avait une autre proposition, et donc je suis devenu co-responsable. Il n’y a aucun document officiel pour mon “élection”, et donc mon chef a appris de mon rôle à travers la brochure de la mention — que j’avais dessinée moi-même. Par contre, il n’a pas pu me donner une secrétaire, parce qu’on n’a pu trouver aucune description officielle de mon rôle. Ceci explique pourquoi je n’ai aucune légitimation dans mon rôle. Pareil, d’ailleurs, pour tous les gens avec lesquels je travaille dans ces GTs.
Mais c’est même pas nécessaire d’avoir une légitimation, parce que les groupes de travail n’ont aucun pouvoir de décision. Ils élaborent des plans, des projets, et des idées, mais ce qui est implementé après est décidé ailleurs — souvent dans des comités dont ils ignorent l’existence. La structure décisionnelle est complètement déconnectée des groupes de travail, dans les deux directions.
Des exemples sont:
- le GT de l’harmonisation travaille vers une harmonisation des emplois du temps à travers les universités, mais les emplois du temps sont décidé dans les établissements. Il n’y a aucune connexion entre les deux: Le GT ne connait pas les gens qui prennent les décisions, et ces personnes ne connaissent pas le GT. Le GT a parlé avec les responsables d’enseignement des établissements, mais on a eu aucun retour.
- le GT d’une mention planifie les parcours, mais elle ne peut ni ouvrir ni fermer un parcours. Ce pouvoir appartient aux établissements, qui ne sont pas représentés dans le GT (au moins pas par les gens qui décident).
- le responsable d’un parcours organise le parcours, mais il ne peut pas demander à un enseignant d’enseigner le cours qu’il a promis, ou à un établissement de soutenir un enseignant. Par conséquent, on a des cas où les établissements retirent un enseignant d’un parcours, ainsi que des cas où un enseignant décide d’enseigner autre chose de ce qu’il avait promis.
Ceci fait qu’on travaille tous simplement sur la base de la bonne volonté. Ça va clocher dès qu’il y a des vraies décisions à prendre. Pour cela, on devrait créer une structure légitimée qui a le pouvoir décisionnel (voir en bas).
L’opacité
Dans la réunion du GT de la school SOIEST, on se demandait qui décide du nombre minimum des étudiants par cours, et en fait qui prend les décisions à Paris-Saclay. Après la discussion, le responsable du groupe résumait, je cite: “La question du pouvoir décisionnel reste une zone de flou”.
Si même au niveau d’une school (qui regroupe deux douzaines de mentions), on ne sait pas qui prend les décisions, alors on peut déduire que très peu de gens savent où sont prises les décisions.
En effet, toutes les décisions sont transmises principalement de bouche à oreille. On entend parler (au téléphone ou dans le couloir, ou à des réunions de quelqu'un qui a entendu quelqu'un) que
- le nombre minimum des étudiants par cours est 10 (ou pas, selon les établissements)
- le délai maximum de 2 mois après la candidature d'un candidate s'applique (ou pas)
- qui s’occupe de l’accueil des étudiants étrangers
- quels sont les frais d'inscription
- etc.
Dans mon rôle de co-responsable de mention, je n’ai jamais reçu un document officiel d’un comité au dessus de moi qui me transmette les nouvelles décisions. Ceci fait qu’on travaille tous sur la base de rumeurs qui ne sont jamais transmis de manière officielle. Les réunions de la mention et de la school sont principalement des réunions ou chacun partage ses soucis bottom-up, plutôt que des réunions ou on prend ou relie des décisions.
Il serait beaucoup plus efficace d’avoir un canal officiel qui transmet les décisions d'en haut à en bas. Mais ceci ne peut pas exister, parce qu’il n’y a pas de “décisions en haut” — voir le prochain point.
L’absence d’une organisation centrale
Les établissements de Paris-Saclay ont un pouvoir décisionnel, parce que c’est eux qui fournissent l’argent. Mais les établissements ne parlent pas forcément dans l’intérêt de l’université commune. Chaque établissement poursuit d’abord ses propres intérêts. La directrice de la formation de Paris-Saclay est une autorité qui parle dans l’intérêt de l’université commune. Mais elle n’a pas le pouvoir sur les établissements.
Il n’y a donc aucune autorité qui parle dans l’intérêt commun. Personne ne pense principalement à l’intérêt longue-terme de l’université commune et a le pouvoir de diriger les établissements dans cette direction. Par conséquent, on n’a eu aucune coordination sur les plannings, sur les licenses, ou sur les Masters au dessous du M2. Je trouve que commencer le semestre sans une gouvernance centrale est une irresponsabilité — vis à vis les étudiants (qui sont des cobayes dans un système qui marche à peine), vis à vis les enseignants (qui passent une grande partie de leur temps à régler localement des choses qui seraient mieux réglées globalement), et vis à vis l’imposable (qui finance une machine Goldberg).
Donc ce dont on a besoin est un comité central qui
- a du pouvoir décisionnel
- est légitimé
- parle dans l’intérêt de l’université commune.
Il est primordial que ce comité existe avant qu’on commence à définir les collaborations, les cours, et les emplois du temps.
Mais il n’y en a pas. Il n’y en a pas parce que les établissements ne veulent pas qu’une autre entité décide sur eux. Mais on ne peut pas créer une structure commune si les composantes veulent rester indépendantes. Si on veut quelque chose de commun, les établissements doivent donner du pouvoir à une entité commune — comme on a fait avec l’Europe.
Ceci ne veut pas dire que tout le monde doit abandonner des pouvoirs: Les établissements qui ne veulent pas ne sont pas forcés. Ils peuvent rester en dehors. Comme en Europe, certains pays introduisent l’Euro et d’autres pas. Mais si on ne permet pas aux avant-gardistes d’avancer, on restreint tout le monde.
Attitude
Quand je parle de ces problèmes aux gens avec un pouvoir décisionnel, très peu de gens sont d’accord qu’on a un problème. Personne ne me dit “oui, il y a un problème, et je vais m’en occuper”. Les gens avec lesquels j’ai parlé pensent plutôt que les soucis vont se régler automatiquement au longue terme. Ils ne voient pas qu’on a fait des erreurs de planification fondamentales, et donc ils ne voient pas la nécessité de les corriger.
La France investie des milliards d’euros dans des nouveaux bâtiments sur le Campus Paris-Saclay. Pourquoi est-ce qu’on arrive à bouger des bâtiments physiques, mais on ne réussit pas à bouger l'organisation des universités?